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interview
June 29, 2008

Nous Voulons Reprendre le Dialogue UE/Iran sur les Droits de l’Homme

 

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Nooshabeh Amiri – Hossein Bastani‎

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Dans une interview exclusive auprès du ROOZ, le Ministre français des Affaires ‎Etrangères, Bernard Kouchner, parle des espoirs de son pays à « développer une relation ‎privilégiée avec l’Iran et approfondir l’amitié qui lie de longue date les Français aux ‎Iraniens. » « L'Union Européenne » ajoute-t-il « exprime régulièrement sa disposition à ‎reprendre le dialogue UE/Iran sur les droits de l’homme, suspendu à l’initiative de ce ‎pays. » En ce qui concerne les négociations sur le nucléaire, il souligne: « De même que ‎les autorités iraniennes peuvent avoir accès à la Présidence de la République, il est ‎naturel que nous ayons accès à la Guidance. »‎

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‎Pour quelles raisons est-ce que la politique du gouvernement français envers ‎l’Iran a subi des changements tangibles après l’élection de M. Sarkozy?‎

La politique du gouvernement français envers l’Iran n’a pas subi les changements que ‎vous évoquez après l’élection du Président de la République.‎

La façon dont ce dernier l’a présentée à l’occasion de son discours du 22 août 2007 ‎devant les Ambassadeurs de France réunis à Paris s’inscrit, en effet, dans le droit ‎prolongement de l’action de la France depuis l’origine de la crise, en 2003. ‎

Pour reprendre les termes employés en 2007 par le Président, « la démarche actuelle ‎alliant sanctions croissantes mais aussi ouverture si l'Iran fait le choix de respecter ses ‎obligations […] est la seule qui puisse nous permettre d'échapper à une alternative ‎catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran. » ‎

Cette détermination à faire pression sur le gouvernement iranien pour qu’il réponde aux ‎préoccupations de la communauté internationale dans son ensemble n’est pas apparue ‎avec l’élection de M. Sarkozy : les trois premières résolutions (1696, 1737 et 1747) ont ‎été adoptées alors que c’était encore M. Chirac qui était Président de la République, en ‎juillet 2006, en décembre 2006 et en mars 2007.‎

Par ailleurs, ni avant ni après l’élection de M. Sarkozy, la politique du gouvernement ‎français ne s’est réduite à ces pressions. Depuis l’origine, les pressions sont associées au ‎dialogue et à la disponibilité à engager des négociations, une fois que l’Iran aura ‎suspendu ses activités nucléaires sensibles. ‎

Ces négociations pourraient s’appuyer sur l’offre de coopération très ambitieuse faite à ‎l’Iran, présentée sous versions successives, de plus en plus élaborées, d’abord par les ‎Européens (France, Allemagne, Grande-Bretagne), en 2005, puis par les Européens ‎rejoints par les Etats-Unis, la Chine et la Russie, en 2006. La dernière version de l’offre, ‎encore améliorée, agréée par les six Ministres en mai dernier, devrait prochainement être ‎présentée aux autorités iraniennes.‎

Cette offre, au-delà de propositions concrètes dans des domaines essentiels à la stabilité ‎et à la prospérité de l’Iran (sécurité régionale, économie, énergie, agriculture, aviation, ‎environnement et infrastructures), contient une proposition de coopération en matière ‎nucléaire civile. Le peuple iranien doit comprendre que nous n’avons jamais entendu ‎priver l’Iran de l’accès à l’énergie nucléaire. Le Président de la République, convaincu ‎qu’il s’agit de l’énergie du futur, a d’ailleurs proposé à plusieurs Etats qui respectent ‎leurs engagement internationaux de pouvoir bénéficier de l’expertise française dans ce ‎domaine. Le principal obstacle à ce que nous puisions explorer avec l’Iran une telle piste ‎est que les autorités de ce pays n’ont pas rétabli la confiance dans la nature strictement ‎pacifique de leur programme nucléaire, dont les développements actuels posent ‎problème. Le paradoxe est qu’en conduisant des activités d’enrichissement qui n’ont pas ‎de sens d’un point de vue économique, le gouvernement iranien prive le pays de toute ‎coopération avec les Etats-Unis ou l’Europe.‎

Nous restons très attachés à ce volet de notre politique. Après l’adoption de la résolution ‎‎1803, la France a soutenu l’adoption d’une déclaration conjointe réaffirmant que les six ‎pays étaient prêts à développer l’offre de 2006 faite à l’Iran en vue de la rendre plus ‎concrète et précise. Cette nouvelle offre devrait être très bientôt présentée aux autorités ‎iraniennes. Nous espérons qu’elle les convaincra de faire le geste nécessaire pour offrir ‎aux Iraniens les perspectives de développement, de prospérité et de stabilité auxquelles il ‎peut légitimement aspirer : ce geste est simple, il s’agit de la suspension des activités ‎nucléaires sensibles, comme le demande la communauté internationale. Suspendre, c’est ‎créer les conditions d’une ngéociation confiante, qui permette un règlement répondant ‎aux intérêts de l’Iran et aux préoccupations internationales.‎


‎Jusqu’à quel point le gouvernement français est-il susceptible d’augmenter les ‎pressions économiques et politiques contre la République islamique d’Iran ? Pour le ‎gouvernement, où se trouve la limite à ces pressions?‎

Nous n’avons pas défini a priori un plafond pour les pressions. En effet, les sanctions ‎sont avant tout un instrument diplomatique destiné à convaincre les autorités iraniennes ‎de respecter leurs obligations internationales. Dans la démarche que je viens de vous ‎exposer, alliant sanctions croissantes et disposition constante au dialogue, nous ‎considérons que la pression exercée sur l’Iran doit progressivement s’accroître, tant que ‎ce pays ne respectera pas les résolutions du Conseil de sécurité.‎

C’est l’unique but de ces sanctions internationales, toutes adoptées à l’unanimité ou à une ‎très large majorité par une instance, le Conseil de sécurité des Nations unies, qui ‎représente la communauté internationale dans son ensemble. Elles ne sont pas une fin en ‎soi. Nul ne souhaite punir l’Iran ou son peuple. Conscients de la richesse historique et ‎culturelle de ce pays, de son fort potentiel économique et de son importance stratégique ‎au Moyen-Orient, nous ne pouvons que souhaiter développer une relation privilégiée ‎avec lui et approfondir l’amitié qui lie de longue date les Français aux Iraniens. Mais, tant ‎que les autorités iraniennes n’auront pas fait le geste que le monde entier attend d’elles, ‎nous ne pourrons que plaider pour un renforcement des sanctions.‎


‎Supposez que la République islamique accepte de suspendre l’enrichissement ‎d’uranium ; dans ce cas, est-ce que les autres dossiers qui la concernent, tels que la ‎violation des droits de l’homme, seront considérés comme des problèmes ‎intérieurs?‎

La question des droits de l’homme ne peut jamais être considérée comme une question ‎purement interne. En signant plusieurs conventions internationales dans ce domaine, ‎l’Iran a accepté de se placer sous le regard des instances que la communauté ‎internationale a mises en place pour s’assurer que ces conventions seraient respectées et ‎que les normes universelles ne seraient pas enfreintes, dans des domaines très variés ‎‎(condamnation par la justice à des traitements inhumains et dégradants ; restrictions à ‎l’exercice de la liberté d’expression et d’information ; répression des défenseurs des ‎droits de l’homme, des militantes pour les droits des femmes ; discriminations à l’égard ‎des minorités, notamment ethniques et religieuses). ‎

‎ En outre, la relation entre la crise internationale provoquée par le programme nucléraire ‎iranien et l'action de la France en matière de promotion et de défense des droits de ‎l'homme n’existe pas. En effet, l’engagement de la France en faveur de l’amélioration ‎de la situation des droits de l’homme se manifeste partout où celà est nécessaire, en Iran ‎comme dans tous les pays où nous estimons que cette situation n’est pas satisfaisante. ‎Nos prises de position n’étaient pas différentes avant la crise nucléaire. Il n’y a pas de ‎raisons qu’elles le soient si nous arrivons, ce que je souhaite, à résoudre cette crise et si la ‎situation des droits de l’homme dans votre pays ne connaît pas d’amélioration ‎substantielle. Notre attitude sur les droits de l'homme ne saurait donc être considérée ‎comme un moyen de pression parmi d’autres pour convaincre les autorités iraniennes de ‎suspendre leurs activités nucléaire sensibles. ‎

Cette position s’inscrit parfaitement dans le cadre de l’Union européenne, qui incarne une ‎communauté de valeurs et qui exprime régulièrement ses préoccupations (démarches à ‎Téhéran ; déclarations ; conclusions des réunions des Ministres ; etc.). Le caractère ‎essentiel de la question des droits de l’homme dans la politique européenne peut être ‎illustrée de deux façons. D’une part, l’Union avait conditionné les progrès de l’accord de ‎commerce et de coopération dont elle a discuté avec l’Iran jusqu’en 2005 à des avancées ‎en matière de respect des droits de l’homme. D’autre part, elle exprime régulièrement sa ‎disposition à reprendre le dialogue UE/Iran sur les droits de l’homme, suspendu à ‎l’initiative de votre pays. ‎

‎ ‎

‎Il y une analyse qui indique que l’origine de toutes les tensions actuelles entre ‎la République islamique et la communauté internationale est le déficit démocratique en ‎Iran. S’il y avait eu des élections libres en Iran, M. Ahmadinejad n’aurait pas été élu ‎président dans ce pays. A ce propos, certains de mes compatriotes croient que l’attitude ‎de l’Occident a indirectement aidé M. Ahmadinejad et ses amis à dominer la scène ‎politique iranienne. Ces analystes font référence, par exemple, aux élections ‎parlementaires de 2004 en Iran, au cours desquelles les extrémistes ont pu, par une action ‎dite d’un «coup d’état paisible», empêcher presque tous les réformateurs compétents ‎‎(dont des dizaines de parlementaires) de participer aux élections. Cela a même mené à un ‎sit-in des députés. Mais l’indifférence de la communauté internationale sur ce sujet a ‎entraîné une situation dans laquelle les extrémistes se sont assurés que l’organisation des ‎élections n’aurait aucun impact négatif contre eux au niveau international. A quel point ‎acceptez-vous la critique de ce groupe d’Iraniens qui croient que l’indifférence de ‎l’Occident concernant l’organisation des élections, telles que celles de 2004, a favorisé la ‎domination croissante des extrémistes en Iran?‎

Nous avons toujours suivi avec la plus grande attention les résultats de toutes les ‎élections iraniennes et avons toujours exprimé, quand cela était nécessaire, nos ‎préoccupations. Nous estimons, en effet, que même si elle est réelle, la démocratie ‎iranienne est imparfaite. Nous regrettons que le choix des électeurs soit restreint par la ‎manière dont les élections sont organisées, en particulier par la sélection des candidats, le ‎plus souvent au détriment des réformateurs, par un organe non élu, le Conseil des ‎gardiens. Nous sommes très attachés à ce que le choix des Iraniens, dont le taux de ‎participation aux différentes élections témoigne d’un grand intérêt pour la vie politique ‎iranienne, puisse s’exprimer le plus librement possible. ‎

Vous évoquez plus précisément les élections législatives de 2004. A cette occasion, les ‎principes que je viens de vous exposer ont été reflétés par des prises de position tant ‎nationales qu’européennes. ‎

Les Ministres européens réunis à Bruxelles le 23 février 2004 ont ainsi adopté les ‎conclusions suivantes : « Le Conseil a débattu des élections législatives qui se sont ‎déroulées le 20 février en Iran. Le Conseil a rappelé que, au cours de ces dix dernières ‎années, l'Iran avait progressé sur la voie d'une plus grande liberté politique et que, lors ‎des élections législatives de février 2000, le peuple iranien avait clairement exprimé son ‎souhait de voir engager de nouvelles réformes. Dans ce contexte, le Conseil a vivement ‎regretté qu'un grand nombre de candidats, dont plusieurs siégeant au Majlis, n'aient pas ‎été autorisés à se présenter au scrutin de cette année, rendant ainsi impossible l'expression ‎d'un véritable choix démocratique par le peuple iranien, et il a fait part de sa profonde ‎déception à cet égard. Cette ingérence a constitué une régression pour le processus ‎démocratique en Iran. Le Conseil a exprimé l'espoir que l'Iran reprendra sur la voie de la ‎réforme et de la démocratisation. »‎

En marge de ce Conseil, le Ministre français d’alors a également déclaré : « [Nous avons ‎exprimé] notre inquiétude, notre préoccupation, après le déroulement du premier tour des ‎élections législatives du 20 février. Nous avons marqué notre préoccupation à la suite de ‎l’invalidation d’un grand nombre de candidats, empêchant les Iraniens d’exprimer ‎clairement et sereinement leur volonté. » ‎

Récemment encore, cette position a été clairement exprimée, non seulement par le porte-‎parole de mon Ministère, tout comme par la Présidence de l’Union européenne, à ‎l’occasion des dernières élections législatives, dont le premier tour s’est déroulé 14 mars ‎‎2008.‎


‎Etes-vous sûr que les négociateurs iraniens sur le dossier nucléaire informent ‎bien leurs autorités (notamment le guide suprême de la République islamique) de la ‎gravité de la situation actuelle ? Est-ce que vous avez pensé à avertir directement le ‎premier personnage de la République islamique du danger réel menaçant le régime et le ‎pays, créant ainsi un canal direct de communication avec lui?‎

Nous ne négligeons aucun canal de dialogue avec les autorités iraniennes. Mon ‎interlocuteur principal est mon homologue iranien, M Manouchehr Mottaki. Mais, de ‎même que les autorités iraniennes peuvent avoir accès à la Présidence de la République, ‎il est naturel que nous ayons accès à la Guidance.‎


‎Certains croient que les sanctions internationales contre l’Iran ont affaibli le ‎secteur privé plutôt que le régime islamique. En fait, à cause des sanctions, des sociétés ‎privées en Iran n’ont pas la possibilité de continuer leurs activités et sont obligées de ‎donner leurs places aux sociétés concurrentes attachées au gouvernement et aux Gardiens ‎de la révolutions, qui ont les moyens d’obtenir de l’étranger des approvisionnements ‎malgré les sanctions. Qu’en pensez-vous?‎

Les sanctions internationales contre l'Iran ne sont pas une fin en soi. Elles ne sont pas ‎dirigées contre un groupe d'Iraniens en particulier. Elles n'ont pas vocation à mettre en ‎difficulté les entreprises qui mènent des opérations légales et apportent leur contribution ‎au bien-être de la population iranienne. Elles s'adressent aux dirigeants iraniens et aux ‎organisations que ces derniers utilisent et parfois instrumentalisent à leur seul profit. Je ‎vous rappelle que c’est la politique nucléaire iranienne actuelle, qui, en suscitant ‎l’inquiétude légitime de la communauté internationale et des voisins de l’Iran, est à ‎l'origine des sanctions. ‎


‎Quel est le principal problème de la France vis-à-vis de la République ‎islamique? Est-ce que la clarification des relations entre l’Iran et Israël figure parmi les ‎exigences de la France par rapport à la République islamique?‎

La France exprime régulièrement sa profonde préoccupation en réaction aux déclarations ‎des plus hautes autorités iraniennes à l’égard de l’Etat d’Israël. Ces déclarations répétées ‎d’un Etat membre des Nations unies à l’égard d’un autre Etat membre des Nations unies ‎ne peuvent que susciter sa réprobation et son indignation. ‎

De tels propos ont un impact très négatif sur la perception par la communauté ‎internationale de l’Iran, car elles affaiblissent la crédibilité de l’affirmation par les ‎autorités iraniennes de leur volonté de jouer un rôle stabilisateur de premier plan dans ‎l’ensemble des crises régionales. Pour notre part, nous estimons qu’il de l’intérêt de tous, ‎notamment de l’Iran, d’œuvrer, dans un esprit de responsabilité, à l’apaisement du Proche ‎et du Moyen-Orient.‎

Il ne s’agit, toutefois, pas du seul motif d’inquiétude pour la France. Comme je vous l’ai ‎dit, en effet, au-delà de ces aspects régionaux, le programme nucléaire et la situation des ‎droits de l’homme nous préoccupent également vivement. Je forme l’espoir que les ‎diplomates français et iraniens parviendront à résoudre ces différentes difficultés afin de ‎permettre le développement des relations entre la France et l’Iran, qui est dans l’intérêt ‎mutuel de nos deux pays et de nos deux peuples.‎



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